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Rencontre avec un dolmen

Voyage en Bretagne

Je retrouve un ami sur la côte nord du Finistère, afin d'explorer quelques hauts lieux.

N. a dressé une liste de sites intéressants , une petite dizaine à voir en 2 jours. Le programme est chargé mais nous sommes motivés.

Parmi les sites, figure un dolmen.

Nous arrivons sur place en fin de matinée. Il fait déjà chaud. Après avoir repéré l'entrée d'un chemin de campagne, N. gare la voiture sur un bas-côté.

Rien n'indique la présence du dolmen. Il faut savoir ce que l'on cherche. Entre les champs et les bois qui remontent le flanc de la colline, le lieu demeure invisible depuis la route.

Nous traversons quelques ronces, un champ, puis un sentier envahi d'herbes hautes. Enfin, le dolmen apparaît.

Le site semble entretenu. Un demi-cercle d'arbres l'enveloppe comme une enceinte naturelle.

Nous restons quelques instants immobiles, sans parler. Simplement pour prendre contact.

Puis chacun commence à explorer le lieu à sa manière.

N. observe les espaces avec un regard très concret. Il cherche à savoir si le terrain conviendrait pour y revenir en groupe.

De mon côté, j'attends.

Je procède presque toujours ainsi : je me mets intérieurement en page blanche et je regarde si quelque chose vient s'imprimer.

Rien.

Je tourne autour du dolmen, j'observe les pierres, j'écoute.

Ma première préoccupation est toujours la même : commencer par vérifier si le lieu peut être contacté. Entre autre, je vérifie si je perçois le début d'une résonance lourde ou toxique qu'on risquerait de réveiller. Pour cela je mets mon corps en alerte maximum, comme un radar. Et si j'ai le moindre doute, je préfère en général déguerpir sans insister.

Pendant que N. rode, je suis aux aguets, et petit à petit je rentre dans le lieu , me place à différents endroits censés être stratégiques, mais rien ne se manifeste.

Lorsque N. revient vers moi, il demande :

— Alors, qu'est-ce que tu vois ?

— Rien.

Je poursuis mon tour. J'ai désormais la sensation que le lieu ne présente aucune charge négative particulière.

Quelques images commencent à apparaître.

Des hommes vêtus de longues robes sombres, semblables à l'idée que je me fais de druides ou de mages. Toujours placés au même endroit.

Puis un homme allongé sur la table inclinée du dolmen.

Immédiatement, je vérifie.

Mort ?

Pas sûr.

Sacrifice ?

La réponse est non.

J'avance avec prudence. Dénouer une mémoire revient parfois à libérer des forces dont il faut mesurer la portée avant de trop les contacter.

Pourtant, rien ne se précise vraiment et les visions restent très fugaces.

On est ici depuis un moment qui me paraît une éternité. Il est rare qu'un lieu aussi particulier ne rayonne aucune info. J'en déduis une fermeture, ou un refus.
Je propose alors à N. de repartir.

— Le lieu ne veut pas se donner. Respectons cela.

N. accuse le coup. Je sens sa déception. Il comptait beaucoup sur cet endroit et me le dit, mais je sens une fermeture, comme un mur érigé entre le lieu et nous.

Nous nous engageons donc sur le chemin du retour.

Quelques pas.

N. maugrée on aurait pu faire quelques photos quand même et je me rends compte que, trop concentrée, j'ai totalement oublié.

Je m'apprête à remonter prendre quelques clichés rapides quand soudain j'ai la sensation très nette qu'une main invisible vient saisir mon épaule.

Intérieurement, j'entends :

« Vous pouvez revenir. Vous avez respecté le lieu, et nous vous en remercions. Nous allons vous offrir un aperçu. »

Je le dis aussitôt à N. Son visage s'éclaire.

Nous rebroussons chemin en direction du dolmen.

Je lui explique que, pour simplifier le processus, à partir de maintenant je vais verbaliser tout haut tout ce qui se présente intérieurement.

N. est d'accord, il jubile. Pour moi c'est une première.

Je lui demande de se placer à l'un des endroits que nous avions repérés. Je prends place à un autre endroit. Comment je sais ce que je fais?  À vrai dire je l'ignore complètement, mais en cet instant, je sais.

Sur les lieux sacrés, la présence humaine agit souvent comme une clé. Encore faut-il trouver la serrure.

Presque aussitôt, quelque chose s'entre-baille.

J'entends que l'on ne me montrera qu'un aperçu. Les forces en présence sont puissantes, peut-être trop pour des organismes rendus vulnérables par le confort moderne.

Les images surgissent, comme une succession d'éclairs.

Je revois l'homme allongé face au ciel. Passage des morts ? Non il est vivant.

Au-dessus de lui apparaissent les constellations.

Je comprends qu'elles se reflètent dans son corps et ses organes.

Des trajets lumineux comme des motifs en miroir entre le ciel et l'organisme humain.

Je comprends que certains hommes venaient s'allonger ici, de nuit, afin d'être soignés par la vibration d'une constellation particulière.

Cette médecine ancienne repose sur une correspondance très précise entre le ciel et le corps humain, comparable, dans sa finesse, au réseau des méridiens d'acupuncture décrit par la médecine chinoise.

Le lieu n'est censé être activé que la nuit.

Il est dédié au ciel nocturne, connecté à la voute étoilée.

Les hommes en robes noires aperçus plus tôt ne sont pas des prêtres au sens où nous l'entendrions aujourd'hui. Ils sont des observateurs du ciel. Des chercheurs.

Sous le dolmen, je perçois une cavité étroite et ronde, semblable à un nid.

Je vois des hommes s'y succéder. Ils y dorment, recroquevillés en position fœtale, blottis au cœur de ce ventre de pierre. Ils viennent y recevoir des enseignements à l'aide des visions et des rêves.

L'intérieur du dolmen est consacré à l'enseignement et aux révélations.

Sa table, exposée au ciel, est un espace de guérison.

J'entends alors :

« Nous sommes la fraternité de la nuit. »

Lorsque je répète ces mots, le lieu corrige immédiatement ce que j'allais formuler.

« Ne dis pas fraternité de l'ombre. L'expression est juste, mais dans votre époque, ce mot porte des connotations qui ne reflètent pas les nôtres. Dis plutôt fraternité de la nuit, par opposition au monde diurne et solaire. »

Lorsque les images cessent, N. me ramène à la raison de sa venue.

— Peut-on venir travailler ici avec un groupe ?

La réponse est immédiate.

« Cela dépend. »

— De quoi ?

« Du niveau du groupe. Si les forces de ce lieu s'éveillent, elles dépassent ce que la plupart des personnes peuvent recevoir. »

Cette réponse me laisse dans la confusion.

Puis le gardien du lieu ajoute :

« Je vais te montrer. »

À cet instant survient un phénomène que j'ai encore du mal à raconter.

Une force immense descend sur moi. Comme un tunnel d'énergie, un vortex dense.

La pression devient telle que mes jambes cèdent.

Je me retrouve à genoux, exactement comme on s'agenouille dans une église.

Je pleure. Non de douleur. Mais sous l'effet d'une joie immense, proche d'une illumination.

La puissance est telle qu'elle me maintient au sol.

Je demande aussitôt à N. :

— Il faut remercier le lieu. À voix haute.

Sans la moindre hésitation, il le fait. Je remercie moi aussi comme si je n'avais pas le choix.

La force qui me traverse est consciente. Bienveillante mais écrasante par sa densité.

Elle porte un avertissement.

« Tout ceci n'est pas un jeu. Ne jouez pas avec les lieux. Ne jouez pas avec les forces.

Ne jouez pas avec la magie ni avec la clairvoyance.

Ne laissez jamais l'ego s'en emparer. Les secrets que nous avons déposés ici ne sont pas des divertissements. L'accès se mérite. Il s'apprend pas à pas.

Ne cherchez pas à saisir ce qui n'est pas encore à votre portée.

Chaque révélation viendra en son temps, comme les fruits mûrissent sur un arbre. »

Le silence revient.

Il est temps de partir.

Je prends quelques minutes pour m'enregistrer à chaud, pour ne rien oublier de ce qui est descendu. Mais je m'emmêle sous le coup de l'émotion et par la suite, l'enregistrement sera introuvable.

Avant de quitter le site, N. me montre un point sur la colline d'en face.

Myope comme une taupe, je ne distingue rien. Lui insiste.

— Il y a quelque chose là-bas.

Nous irons le lendemain.

Nous y découvrirons un cairn dédié au ciel et aux éléments, relié par une ligne invisible au dolmen. Aussi diurne que le précédent s'était révélé nocturne.

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