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L'autorité en soi ou hors de soi.

  • 20 avr.
  • 3 min de lecture

 Mettre l’autorité hors de soi pour pouvoir s’accepter.

J’ai un peu biaisé l’énoncé de cet article, parce qu’en fait, "mettre l'autorité hors de toi" c’est probablement ce que tu fais déjà.

Sauf que, sans exprimer ton autorité ni t’affirmer, sans assumer la responsabilité de ce que tu fais, à plus ou moins long terme : tu fais naître des tyrans.

À vouloir à tout prix être gentil, non violent, sans maintenir l’équilibre interne entre tes ténèbres et ta lumière, là encore : tu fais émerger des tyrans.

Oui ca agresse dit comme ca. Je vais t'expliquer.

Au début, c’est un jeu sympa. Tu acceptes de déléguer, de suivre les consignes. Après tout, on ne peut pas toujours être décideur, et c’est reposant de se glisser dans les pas de l’autre, de s'abstenir des responsabilités. *

Un état confortable s’installe. Ça devient presque un aspect de ton tempérament. On dit de toi que tu es souple, sympa, diplomate, humble, gentil, conciliant.

Puis le temps passe et, sans t’en apercevoir, ton territoire s’amenuise. D’une place confortable, tout à coup, tu as l’impression que l’espace a sérieusement rétréci. Alors, qu’est-ce qui a glissé ?

Tu as délégué ton pouvoir. Et d’autres s’en sont emparés.

Tu as délégué ton autorité. Ils l’ont saisie aussi.

Et pendant que tu savourais ton confort, dissimulé dans l’ombre, eux se sont installés, ont progressivement fait en sorte que tu n’aies plus accès à ton autorité.

Est-ce parce qu’ils sont « méchants » ? Non. Eux aussi fonctionnent depuis leur faille. Chacun a son mode de survie : certains antilopes, d'autres tigres.

Et ces modes de survie font basculer inexorablement dans un jeu de rôle.

Dans ce jeu, chacun commence avec la place la plus confortable pour lui — celle qui lui évite le plus de tension intérieure.

Leur faille à eux, c’est le pouvoir : l’avidité, la volonté de s’étendre sans limite.

La tienne, c’est de vouloir être gentil à tout prix, diplomate, surtout pas violent. Parce que sinon, ça fait naître en toi la détresse d’avoir le mauvais rôle.

Ni toi, ni le tyran, n’êtes complets dans l’expression de vous-mêmes. Mais il a un avantage : lui est stable dans sa posture. Et il possède une force — une certaine indifférence au regard des autres.

Toi, tu es stable au début… jusqu’à ce qu’il prenne trop de place.

Tu passes du confort de ne pas décider, de ne pas trancher, d’avoir le « beau rôle », à quelque chose qui devient intolérable. Les polarités basculent dans l' extrême : bourreau / victime. Et bim, tu viens de trouver ta place dans le triangle de Karpman sans même t’en rendre compte. Juste en… ne faisant rien.

Alors arrive moment où tu te retrouves totalement enfermé.

L’autre a pris toute la place — aussi parce que tu l’as laissé faire.

Et là, tu sens ton autorité. La tienne, qui se débat sans oser s’exprimer.

Celle qui sait ce qui est juste pour toi. Celle qui veut trancher.

Mais exprimer, revendiquer soudain, ça te fait peur. Tu sens que ça pourrait déborder, tu crains de perdre l’équilibre. Surgit alors l’angoisse ultime qui t’a maintenu jusqu’à présent : le risque de devenir toi-même un tyran.

Mais maintenant, si tu veux en sortir, il va falloir rencontrer cette part de toi. Parce qu’en réalité, l’équilibre s’atteint quand cette part-là s’exprime : cette part autoritaire, cette colère.

Alors, pour la faire émerger, tu vas apprendre à distinguer le subtil de l’épais, comme les alchimistes.

Accepter ton autorité sans tomber dans la tyrannie, ça se fait en restant à l’écoute de l’autre.

Accepter ta saine colère sans entrer dans la violence, ça se fait en gardant ta sensibilité. On ne s’abandonne pas totalement à une colère — sinon, c’est de la rage. Une saine colère redessine un chemin, elle n’écrabouille pas tout sur son passage.

Tu vas apprendre à dire non et t’autoriser à être tranchant sans perdre ta bienveillance profonde.

Et bien sur ; il va falloir au cœur de cette révélation, s'affranchir du regard des autres et du tien en particulier.

Alors oui, tout ça, c’est possible. C'est plus simple qu'il n'y paraît.

Et si tu arrives à incarner cela, tu n’auras plus besoin d’un tyran extérieur pour incarner ton ombre. Elle sera la comme un gardien fidèle, pour garder ton royaume.

Tu vois ce que ça pourrait changer dans le monde, à grande échelle, le simple fait d’incarner à nouveau sa force profonde et son autorité naturelle ?

Moi ça me fait rêver.


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